La reconstitution de l’armée centrafricaine : un enjeu à hauts risques

La reconstitution de l’armée centrafricaine : un enjeu à hauts risques

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Dès le début de la transition en 2014, comme dans la plupart des pays africains en situation de guerre civile, la nécessité de la reformation des Forces armées centrafricaines (FACA) s’est imposée et la reconstruction d’une institution militaire a été envisagée. Cependant, trois ans plus tard, le processus de reconstruction de l’armée centrafricaine est lent et incertain. Les raisons de cet état de fait sont nombreuses mais la plus fondamentale est l’absence de consensus entre les parties prenantes (gouvernement, partenaires internationaux et groupes armées) sur le paradigme et la finalité de cette reconstruction qui comporte un risque politique élevé.

INTRODUCTION

La question de la reconstitution de l’armée est devenue l’un des problèmes centraux de l’équation centrafricaine.

Après des années d’informalisation silencieuse, l’armée centrafricaine s’est effondrée sans combattre en 2013 puis une partie importante s’est milicianisée dans les anti-balaka (AB). Dès le début de la transition en 2014, comme dans la plupart des pays africains en situation de guerre civile, l’agenda de la résolution du conflit a inclus un programme de démobilisation, désarmement et réinsertion (DDR) pour les groupes armés et la reconstruction d’une armée digne de ce nom dans le cadre d’une réforme du secteur de la sécurité.

Malgré l’urgence, trois ans plus tard, les progrès sont lents et le résultat est loin d’être assuré. Pourtant, aussi bien pour les internationaux que pour les autorités centrafricaines, cette tâche est considérée comme une priorité. Alors que la question de l’armée s’est largement politisée durant la transition (2014-2016), des désaccords de fond persistent sur le paradigme de la reconstitution de cette institution entre les parties prenantes (gouvernement, groupes armés et partenaires internationaux). Pour les miliciens, il ne s’agit que de changer la composition de l’armée et, pour le gouvernement, il ne s’agit que de réarmer les militaires – l’idée d’une réforme structurelle créant « une armée professionnelle, démocratiquement contrôlée et représentative de toutes les ethnies1 » n’a guère de partisan centrafricain.

L’objectif de cette Note est de montrer qu’au-delà des discours officiels, l’accord de fond indispensable à la reconstitution de l’armée centrafricaine fait encore défaut trois ans après le début de l’intervention internationale dans ce pays.

Cette Note est le résultat de nombreuses visites et entretiens en Centrafrique depuis 2013.

TRAJECTOIRE DE L’ARMÉE CENTRAFRICAINE : DE L’INFORMALISATION À LA MILICIANISATION

La déliquescence de l’armée centrafricaine a été un processus long qui s’inscrit dans un mouvement général d’effondrement de l’appareil d’État initié par la présidence de Patassé dans les années 1990 et la décennie de la démocratisation ratée (1990-2000).

Bien que la réforme du secteur de la sécurité ait figuré à l’agenda gouvernemental depuis les États généraux de la défense et de la sécurité consécutifs aux mutineries de 1996,2 le président Bozizé n’a fait qu’aggraver le déclin de l’armée.

Militaire qui ne faisait pas confiance aux militaires par expérience3, le général Bozizé a géré son armée avec le souci de la neutraliser avant tout. Non content d’établir un contrôle familial sur l’armée et de s’appuyer sur des militaires de son ethnie (les Gbaya) par défiance pour les militaires d’origine ethnique différente, il s’est efforcé de maintenir l’institution militaire dans un état de délabrement. Il a aussi contribué à la culture d’impunité et à la désintégration silencieuse de

la chaîne de commandement et de la discipline en développant un réseau d’affidés dans les rangs jusqu’au niveau des sous-officiers.4

L’effet de la crise sur une armée en déliquescence a été immédiat. Le 23 mars 2013, seules les troupes sud-africaines se sont opposées à l’avancée de la Seleka, une coalition de groupes armés actifs dans le nord-est du pays depuis plusieurs années et qui ont décidé de prendre le pouvoir à la fin 20125 ; la garde présidentielle qui « tenait » plusieurs checkpoints entre Bangui et Damara n’a pas combattu. Elle s’est évaporée. Cette évaporation a clôturé le processus avancé d’informalisation des FACA qui avait débuté durant le régime de Patassé et avait été poursuivi par son successeur. En effet, la politique d’affaiblissement de l’armée par le général président Bozizé a abouti à une force sans structures et sans moyens de fonctionnement, incapable de défendre le pays contre les intrusions de divers groupes armés.6 De ce fait, quand ils étaient déployés à l’intérieur du pays, les militaires devaient se « débrouiller ». Cela s’est traduit par le développement d’une coexistence entre les FACA et les groupes armés dans le nord-est du pays à l’époque de Bozizé.

En 2010 à Sam Ouandja, une localité diamantifère proche de la frontière soudanaise, les miliciens de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) dominaient la ville et son fructueux commerce tandis qu’une petite unité des FACA sans véhicules et sans munitions se faisait discrète7. Il convient de noter que l’armée centrafricaine n’a jamais été « opérationnelle » seule et que, durant le régime Bozizé, l’incapacité des FACA à contenir les menaces contre le territoire national était partiellement compensée par la présence de plusieurs forces étrangères8.

Si au début de 2013 les militaires les plus proches de Bozizé ont quitté le pays avec lui, d’autres sont restés dans la clandestinité après la prise de pouvoir de la Seleka. En 2013, le personnel des services de sécurité associé au régime Bozizé a été traqué par la Seleka et un nombre indéterminé d’entre eux ont été abattus9. De ce fait, beaucoup d’entre eux ont intégré le mouvement d’autodéfense des AB lors de sa formation à la fin de l’année 2013. Les AB se sont formés spontanément à partir du milieu de l’année 2013 sous l’effet des exactions de la Seleka dans l’ouest du pays. À leurs débuts,

ils faisaient figure de milices de jeunes victimes en quête de vengeance10. Cette milice populaire a alors absorbé les éléments résiduels de l’armée qui ont souvent assumé le commandement de ces groupes locaux composés de jeunes.

Durant la transition (2014-2016), le comportement des FACA a oscillé entre menace et inutilité11. Alors qu’un processus de normalisation politique était soutenu par la communauté internationale (création d’un gouvernement transitoire, déploiement de plusieurs missions de maintien de la paix), certains militaires ont entendu l’appel de la présidente de la transition, Catherine Samba-Panza, et sont sortis du mouvement anti-balaka. D’autres en revanche sont passés au fil de la transition de la lutte anti-Seleka au banditisme. Ceux-là sont désignés à Bangui par l’expression « d’AB militaires

», notion signalant la porosité de la frontière entre les FACA et les AB12 et qui est l’équivalent centrafricain des « sobels » de la Sierra Leone13. Durant la transition, les FACA ont adopté trois postures politiques : adhésion au régime, opposition et neutralité (« ni adhésion ni opposition »). Sans qu’il soit possible d’en évaluer le nombre, les AB militaires ont été impliqués dans chaque épisode insurrectionnel à Bangui de 2014 à 2016. Cela faisait et fait encore douter de la loyauté des militaires aux régimes de Samba-Panza, et même de Faustin-Archange Touadéra, le nouveau président depuis mars 2016.

À partir du début du gouvernement de transition en 2014, les FACA ont été payés à ne rien faire, au grand soulagement de la communauté internationale car ils ont démontré leur sentiment antimusulman avec un lynchage ultra-médiatique qui a marqué les esprits à l’École nationale d’administration et de la magistrature (ENAM), le 5 février 201414. De manière très révélatrice, ce lynchage a eu lieu après une cérémonie présidée par Catherine Samba-Panza qui devait être le début du processus de reconstitution de l’armée. Cet événement a été désastreux, tant pour l’autorité de la présidente que pour l’image des FACA. À partir de ce moment-là, ils ont « senti le souffre » dans les milieux internationaux et leur reconstitution a été considérée comme prématurée15.

UNE RÉFORME EN MANQUE DE CONSENSUS

Bien que tous les discours officiels parlent de réforme de l’armée, il n’y a pas d’accord sur le paradigme de la reformation des FACA.

Refaire l’armée avec qui ?

Le premier désaccord porte sur la composition de l’armée. Dès la transition, un préalable a été posé et accepté en apparence. Le 11 novembre 2014, le Groupe international de contact (GIC) réuni à Bangui a « demandé aux autorités centrafricaines d’engager au plus tôt, le processus de refonte des FACA en vue de mettre en place une armée professionnelle, équilibrée et représentative, y compris l’adoption des mesures d’absorption des éléments des groupes armés répondant à des critères de sélection rigoureux ainsi que d’autres mesures concernant la reconversion d’une partie des FACA » 16. La vision des membres du GIC pour la future armée était celle d’une armée de compromis entre les groupes politico-militaires et le gouvernement, c’est-à-dire d’une armée qui reflète la situation du rapport de force où les groupes armés ne peuvent renverser le gouvernement/forces internationales et où ces derniers ne peuvent les neutraliser.

Par ailleurs, la reformation de l’armée centrafricaine était conçue comme un double mouvement d’intégration (pour certains miliciens) et de démobilisation (pour certains FACA).

Ainsi, dès 2014, le paradigme de la reconstitution de l’armée centrafricaine était lié au programme de Désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) pour les groupes armés. L’accord signé le 8 mai 2015 au Forum de Bangui par les groupes armés posait les grands principes de cette intégration : progressive, sur une base individuelle, après un vetting17 et dans le respect de « critères de professionnalisme et d’équité, visant à la reconstitution d’institutions sécuritaires républicaines18 ». En 2016, la stratégie nationale de DDR a confirmé cette option tout en restant vague sur les capacités et les critères d’intégration19.

En effet, les groupes armés de l’ex-Seleka ont fait de leur intégration dans les forces de sécurité, et plus particulièrement dans l’armée, une revendication non-négociable en développant un argumentaire sur l’injustice à l’égard des musulmans centrafricains et leur faible représentation dans les services de sécurité20. Ne voulant pas entériner une certaine victoire de l’ex-Seleka, les autorités de la transition ont été très réservées, si ce n’est hostiles, à l’idée d’intégrer les ennemis d’hier dans ce qui est perçu comme le centre névralgique du pouvoir par tous les Centrafricains.

Cette hostilité est encore partagée par une grande partie du gouvernement, les FACA et surtout la population non-musulmane mais cette opposition n’a pas été assumée politiquement. Publiquement, les autorités de la transition et les autorités actuelles ont toujours souscrit au principe d’une passerelle entre le DDR et les services de sécurité mais, en privé, elles minorent le nombre de miliciens qui pourraient être intégrés et, jusqu’à présent, elles laissent perdurer le flou sur ce nombre. Un malentendu fondamental entoure donc le DDR : pour la population et le gouvernement, le DDR signifie le désarmement des miliciens et leur réintégration dans la vie civile ; pour les miliciens, il signifie leur recrutement massif dans l’armée21.

La capacité d’absorption de nouveaux effectifs est aussi un sérieux problème. D’une part, l’armée centrafricaine n’est plus une institution publique en tant que telle, c’est-à-dire une organisation capable de gérer du personnel22. D’autre part, l’entrée de miliciens musulmans dans l’armée est censée être possible grâce à la sortie des FACA trop âgées.

L’analyse des effectifs par l’Union européenne (UE) et les Nations unies a révélé qu’environ 800 militaires devraient être mis à la retraite. Cela permettrait de rajeunir les effectifs alors que la moyenne d’âge est élevée, ce qui pose un problème de « réformabilité » du personnel militaire et de portage de la réforme de l’armée. Le vieillissement du corps des officiers supérieurs réduit, en effet, les chances d’adhésion à la réforme. Bien que nécessaire, le changement de la structure générationnelle par la mise à la retraite est incompatible avec les réalités de l’administration centrafricaine.

Elle va à l’encontre de la surreprésentation des Gbaya dans l’armée – alors que les loyautés bozizistes jouent encore dans les rangs — et remet surtout en cause le revenu de ceux qui seraient pensionnés.

Outre la réticence à l’égard d’un programme de retraite qui s’explique aisément par l’âge des officiers supérieurs, le vetting mis en avant par le Conseil de sécurité des Nations unies risque d’être un autre obstacle à la recomposition des effectifs de l’armée. Justifié par les abus commis dans les deux camps, le vetting doit concerner à la fois les membres des groupes armés et des services de sécurité23. Une commission de vérification vient de se mettre à l’oeuvre pour la police et la gendarmerie mais les critères pour les militaires et ceux qui aspirent à l’être restent flous. Au-delà des critères, la mise en oeuvre d’un vetting risque d’être délicate car certains auteurs d’exactions occupent des postes de responsabilité dans le nouveau régime ou font partie de la clientèle de politiciens24. De ce fait, la mise en retraite et le vetting, qui sont nécessaires pour les internationaux, constituent des risques politiques pour le gouvernement si on en juge par les récentes rumeurs de projets de mutinerie dénoncés par les autorités.

Combinées à l’absence de pression militaire ou judiciaire sur les groupes armés, les divergences de vues sur le DDR expliquent qu’il fasse du sur place depuis la signature de l’accord en 2015 malgré de nombreuses et répétitives réunions.

Réforme structurelle ou simple opérationnalisation ?

La question de l’armée est au centre de visions et de demandes contradictoires. Alors que les Nations unies — qui ont déployé depuis 2014 une mission de maintien de la paix (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique — MINUSCA) —, l’UE, l’UA, la France et les États-Unis insistent sur une réforme structurelle de l’armée à long terme, les autorités réclament avant tout « l’opérationnalisation » des FACA à court terme, ce qui signifie leur réarmement.

Dès la transition, le déficit de sécurité dans la capitale et en province a conduit les autorités et la population à réclamer la reconstitution des FACA25. Face à l’absence de désarmement des milices et aux explications embarrassées de la communauté internationale, les FACA sont vus à tort comme la solution sécuritaire. La pression populaire et gouvernementale pour leur réarmement demeure très forte. Du fait de la persistance de l’insécurité dans certaines zones du pays26, les organisations de la société civile, le parlement, la plate-forme religieuse et la presse ont tous demandé ce réarmement et la levée de l’embargo sur les armes qui est imposé par le Conseil de sécurité des Nations unies depuis décembre 201327. Le Groupe de réflexion de la société civile en a fait son cheval de bataille et a lancé une pétition en ce sens avant les manifestations violentes d’octobre 2016 qui réclamaient le départ des Casques bleus et le réarmement des FACA28. Le retour réclamé de l’armée fait l’impasse sur son ineffectivité face à la Seleka, fin 2012-début 2013, et son état de délabrement avancé à l’époque de Bozizé. Paradoxalement, le conflit récent semble avoir annihilé la mémoire des exactions passées des FACA et de leurs performances opérationnelles29.

La fin de non-recevoir de la communauté internationale pour la levée de l’embargo a empoisonné les relations avec le gouvernement transitoire et a conduit à des tentatives malheureuses de ce dernier pour prendre l’initiative dans le domaine militaire sans en avoir les moyens30. Du côté gouvernemental, la seule perspective de transformation des FACA consistait à évoquer une armée « utile » où le génie militaire contribuerait au développement des routes. Le gouvernement

élu a reçu ce contentieux en héritage. Face à l’incapacité des Casques bleus à prévenir les violences des groupes armés, le gouvernement continue de réclamer la levée de l’embargo, perçu comme une punition, des équipements et des formations opérationnelles en vue de reconstituer rapidement un embryon d’armée. Si le président Touadéra a récemment infléchi son discours en soulignant qu’il n’y aura pas de renaissance rapide des FACA31, il a sollicité, lors de ses nombreuses visites à l’étranger, les présidents qu’il rencontre (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Angola, etc.) afin d’obtenir des formations pour les FACA. Devant le Conseil de sécurité à New York en mars 2017, il a réitéré cette demande

de formation, jugeant insuffisantes les formations fournies par l’Union européenne. Lors de la fête nationale du 1er décembre 2016, les militaires centrafricains ont défilé sans armes pour montrer à la population de la capitale qu’ils étaient prêts à assumer leur responsabilité mais que la communauté internationale les en empêchait32. Pour beaucoup de Centrafricains, le réarmement des FACA est dirigé contre la menace des ex-Seleka et non des AB. Par conséquent, s’ils étaient réarmés, un scénario à la malienne ne serait pas exclu, c’est-à-dire des bavures commises par des militaires,

mais aussi la défaite rapide et sans appel des troupes nationales envoyées de manière prématurée contre les groupes armés (comme à Kidal en 2014).

À contre-courant du discours populaire et gouvernemental, la communauté internationale maintient l’embargo33 et met l’accent sur la nécessité d’une réforme structurelle de l’armée. L’analyse sous-jacente est que l’armée en tant qu’institution fonctionnelle satisfaisant à certains standards de base n’existe plus faute de chaîne de commandement, de logistique et de formation34. Sa réforme doit être une reconstruction sur de nouvelles bases. Malgré des différences d’approche, l’ONU et l’UE se sont toutes deux engagées dans cette voie. Les Nations unies promeuvent une approche globale de la réforme du secteur de sécurité dans laquelle la réforme de l’armée n’est qu’une composante. Le Conseil de sécurité privilégie une réforme de tout le secteur de la sécurité qui clarifie les responsabilités entre les différentes forces et instaure un véritable contrôle démocratique sur ce secteur. Tout en reconnaissant la nécessité d’opérationnaliser les FACA, il souhaite que cette opérationnalisation soit « progressive » et « coordonnée dans le cadre du programme de réforme du secteur de la sécurité35 ». Cette approche par le haut vise à faire retrouver au gouvernement centrafricain un comportement et des procédures d’État démocratique, c’est-à-dire à élaborer une loi de programmation militaire, une doctrine de défense, une politique publique de sécurité, etc. Bref, à élaborer une politique de sécurité et décider conformément aux procédures démocratiques. Compte-tenu de la culture politique locale, il s’agit là d’une entreprise d’acculturation politique de long terme.

À l’inverse, l’UE a choisi de se concentrer sur la réforme de l’armée36 en déployant une mission de conseil et de formation en juillet 2016 (European Union Training Mission in Mali – EUTM) dans le sillage de son intervention sécuritaire (European Union Force – EUFOR) et à l’instar de ce qu’elle fait ailleurs en Afrique. Créée pour deux ans, l’EUTM dispense des conseils stratégiques au ministère de la Défense et à l’état-major ainsi que des formations non-opérationnelles et opérationnelles aux FACA. Soucieuse de reconstruire une administration militaire et une chaîne de commandement effectives, l’EUTM s’efforce d’être pragmatique et d’avoir à son actif des réalisations concrètes. Elle a ainsi réhabilité le camp d’entrainement de Kassaï et formé 160 soldats de la 1re compagnie du 3e bataillon d’infanterie qui doivent être déployés loin de l’ex-Seleka à Obo37. Bien qu’elles se situent à des niveaux différents (le secteur de la sécurité pour l’ONU et l’armée pour l’UE) et qu’une amélioration de leur coordination soit souhaitable, ces approches visent toutes deux une réforme de fond qui se heurte à la fois à la vision de court terme des responsables civils et militaires centrafricains et à leur déficit de capacités managériales. Les discussions sur la réforme tournent souvent au dialogue de sourds entre les internationaux et les autorités centrafricaines – les premiers parlant de la reconstruction d’une institution militaire au sens plein du terme, tandis que les seconds croient que seules les armes manquent pour avoir une armée efficace en présentant une liste de besoins à la Prévert.

CONCLUSION

Enjeu de pouvoir majeur, la reconstitution de l’armée centrafricaine est une nécessité risquée à la recherche de son consensus. Les partenaires internationaux, le gouvernement, les groupes armés, et même la population, considèrent l’armée comme indispensable mais c’est bien le seul point sur lequel ils s’accordent. Y a-t-il encore une institution militaire, dans quel but la reconstituer et avec qui restent des sujets de divergence majeure. Malheureusement, comme durant la tentative de réforme du secteur de la sécurité durant le régime Bozizé (2008-2010), ces divergences ne sont pas abordées de front. L’exploitation démagogique de la question des FACA continue et les mêmes stratégies d’évitement et d’enlisement réapparaissent. De fait, la confiance est faible entre les autorités centrafricaines et leurs partenaires du secteur militaire38 et le processus de reconstitution de l’armée a commencé sans les groupes armés car le DDR est toujours bloqué. Le point de départ de ce processus n’est donc pas un accord politique mais une série de désaccords plus ou moins silencieux. Dans ces conditions, on peut réellement se demander si les internationaux réussiront à « éviter de former les criminels d’hier et les putschistes de demain39 ».

abangui

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