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Centrafrique : « Il n’ya rien de concret en Centrafrique parce que rien n’existait avant », affirme Christian Touaboy du MLPC

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BANGUI, 11 Janvier 2017(RJDH)—Christian Touaboy, militant du MLPC et ancien Directeur National de campagne du candidat Martin Ziguélé, dit comprendre le difficile retour à la normale de la République Centrafricaine. Pour lui, la situation est tellement complexe qu’attendre aujourd’hui un bilan de nouvelles autorités, relève de l’utopie. Christian Touaboy l’a dit dans une interview exclusive accordée le mardi dernier au RJDH.

RJDH : Christian Touaboy, bonjour. Vous êtes militant du MLPC et ancien Directeur de Campagne de Martin Ziguélé qui, ayant perdu la présidentielle au premier tour a fait le choix politique de soutenir Faustin Archange Touadera qui passe aujourd’hui neuf mois au pouvoir. Quel bilan faites-vous de la période que l’allié de votre mentor a passé au pouvoir ?

CT : Bonjour, Monsieur le journaliste et merci pour l’occasion que vous m’offrez. Je trouve quand même politiquement et  intellectuellement abdique de chercher à faire le bilan de 9 mois de la présidence de Touadéra. Ce n’est pas possible à l’heure actuelle. Dans un pays qui n’a pas d’infrastructures ou les gens n’ont pas d’eau potable, pas d’électricité.

Je pense que le véritable problème qui se pose avec le gouvernement Sarandji, est celui  des perspectives. Il aurait dû avoir une communication pour expliquer aux Centrafricains l’état de délabrement avancé du pays et cela n’a pas été fait sinon fait de manière convenable.

RJDH : Vous soutenez le fait que le gouvernement puisse demander aux Centrafricains de continuer à attendre.

CT : Les choses sont difficiles et tout le monde le sait. Ce qu’il faut savoir, c’est que la réalité du terrain est totalement différente de la vision que les uns et les autres ont. J’étais à l’intérieur du pays dans l’Ouham, Ouham-Pende dans la Lobaye, il n’existe absolument rien. Que peut alors faire ce gouvernement en 9 mois ? Il faut du temps pour que les choses se mettent en place après les trois ans de la guerre civile qui a fait plus de 10.000 morts. Les choses sont difficiles sauf que le gouvernement ne le reconnaisse pas.

RJDH : C’est une manière de rejoindre Dologuleé qui pense qu’en Centrafrique, rien ne passe de concret depuis 9 mois. C’est cela ?

CT : Non ! Non ! Je suis à l’opposé. C’est vrai qu’il n’a rien de concret mais j’explique pourquoi les choses prennent du temps. Il n’y a rien de concret en Centrafrique parce que rien n’existait avant. Donc on ne peut pas faire le bilan pour l’instant. Je crois qu’il faut avoir de la patience et laisser le gouvernement travailler et mettre la politique de politicien de côté pour tenir un langage de vérité, expliquer aux centrafricains les difficultés en commençant par l’électricité, l’eau et ainsi de suite. Mais dire que demain serait mieux, n’est pas correcte. Dans ces conditions, il faut tenir un langage de vérité.

RJDH : La sécurité, c’est le point sur lequel Touadera était le plus attendu. Avez-vous l’impression que sur cette question là aussi rien de concret n’est fait ?

CT : Absolument pas. Vous savez comme moi que nous n’avons pas de système pénitentiaire c’est-à-dire que même si on arrête quelqu’un on n’a pas la capacité réelle d’imposer la peine qu’il se doit. Les choses sont confuses. Et le président veut une solution négociée cela est difficile. Je crois qu’il faut tenir un langage de fermeté et laisser la CEEAC qui propose un désarmement forcé, travailler sur le terrain. La CEEAC a les raisons et les moyens.

RJDH : Pour vous, le DDRR négocié voulu par Faustin Archange Touadera n’est pas adapté à la situation de la RCA.

CT : Écoutez ! Je vis dans le contexte qui veut que face à un homme diabolique qui a une arme, on ne peut opposer qu’un homme juste avec une arme. C’est-à-dire que seul un homme avec une arme peut arrêter un homme diabolique avec une arme. Je ne sais pas quel langage vous pouvez tenir aujourd’hui à Monsieur comme Ali Darass. Il faut utiliser les deux options à mon avis. Si aujourd’hui dans certaines régions, nous avons des rebelles et des entités qui rejoignent le DDRR, ok. Et dans les autres régions où les gens ne veulent pas rejoindre le processus, il faut laisser la CEEAC agir.

RJDH : François Bozizé propose lui un dialogue politique inclusif comme porte de sortie de crise. Partagez vous son avis ?

CT : On ne peut pas refuser le  dialoguer. Celui proposé par l’ancien Président de la République n’est pas une mauvaise chose en soit. Dialogue politique inclusif et justice ne s’excluent pas mutuellement. Lorsque j’ai lu le mémorandum de François Bozizé, à aucun moment François n’a rejeté quoi que ce soit, ni la légitimité des autorités de la place ni de la justice. Ce qu’il propose,  c’est ce que les Centrafricains entre eux se retrouvent et discutent.

Cela fait trois ans maintenant, nous entrons dans la quatrième année que plus rien n’existe. Le pays est sans force de défense et de sécurité, la moitié de la population vit grâce à une aide humanitaire. Il faut trouver une solution soit on continue de rêver en disant « zéro impunité » et on laisse nos frères et sœurs mourir soit on s’assoit et on discute pour trouver une solution. Si cette solution n’est pas bonne, il y a celle proposée par la CEEAC !

RJDH : 1130 milliards de Fcfa, ce sont les résultats des fonds décrochés par la RCA lors de la table ronde des bailleurs du 17 novembre. Cela semble rassurant non ?

CT : C’est une promesse et cela est une bonne chose. En tant que patriote on ne peut pas refuser que son pays reçoive de l’argent. Mais le véritable problème, ce n’est pas l’argent en tant que tel mais le leadership économique, politique, militaire qui va se mettre à travailler avec cet argent.

Il faudrait que cet argent qui est un outil, serve effectivement afin de sortir le pays de la crise. Mais si c’est pour alimenter la crise ou d’autre scandale ce ne sera pas bien. Mais dans le fond, nous sommes d’accord, nous sommes heureux d’où l’importance maintenant d’avoir le dialogue ou bien de trouver une solution pour apaiser le pays afin que ces fonds puissent rentrer dans la caisse de l’Etat.

RJDH : Vous avez dirigé la campagne de Martin Ziguélé qui a perdu l’élection présidentielle. Après recul, avez-vous l’impression d’avoir fat des erreurs qui ont conduit à cet échec ?

CT : Si j’ai fait des erreurs, je les assume entièrement. Il y avait trente candidats donc probablement, il y a 29 directeurs de campagnes qui ont du faire des erreurs, n’est-ce pas ! Je pense que je ne vais pas m’étaler sur ce point ni dans la presse ou dans les journaux. Si j’ai des choses à dire, je sais où trouver le président Ziguélé ou le bureau du parti mais pas dans les journaux pour nourrir des divergences.

RJDH : Comment envisagez votre avenir. Dans ou hors du MLPC ?

CT : il y a des millions de Centrafricains qui meurent de faim, des millions qui n’arrivent pas à trouver l’eau potable. Je crois que c’est le plus important. Le plus important ce n’est pas de savoir où sera Christian Touaboy ou qu’est-ce qu’il fera demain. L’importance, c’est de savoir ce que fera la RCA demain.

RJDH : Une nomination au gouvernement vous tenterait ?

CT : Martin Lutter King a été quelqu’un d’extrêmement influent aux Etats-Unis mais il n’a jamais été Ministre, il n’a jamais eu un poste. On peut changer la vie de ses compatriotes sans nécessairement être ministre ou un officiel. Le travail pour la liberté, la légalité nécessite la force de tous.

RJDH : Christian Touaboye je vous remercie !

CT : Je vous en prie !

Propos recueillis par  Sylvestre Sokambi

RDJH

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