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Quand l’absence de l’Etat déverse les attentes des populations locales sur les sociétés forestières : Cas de THANRY-Centrafrique

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La collaboration entre les sociétés d’exploitation et les populations locales autochtones dans des localités où la présence de l’Etat est faible semble bien difficile. Incompréhension se mêle avec méconnaissance des cahiers de charge des sociétés, le tout adoubé des attentes démesurées des populations, ce qui rend la collaboration particulièrement tendue. Dans la préfecture de la Sangha-Mbaéré est implantée, depuis 1997, la société forestière THANRY-Centrafrique du groupe Wicwood. Une mission de reportage d’un groupe de journalistes de l’environnement (Infovertes), sur financement du WWF a sillonné la préfecture du 19 au 24 mai 2016. Le rapport est mitigé entre sociétés forestières et populations locales.

« Nous ne pouvons pas comprendre que dans une localité comme Bamba qui abrite une société forestière, les élèves manquent de table-bancs et apprennent à même le sol. Alors qu’il y a du bois qui est exploité tout à côté, voire même brûlé par la société », a déploré avec force Salvador Kombo, un habitant du village Bamba, dans la commune de Dédé-Mokouba – village de 10222 habitants abritant le site de la société THANRY-Centrafrique.

Déjà, le ton utilisé par ce natif de Bamba situe sur l’aperçu général que les villageois ont de cette société, car si la disponibilité du bois qui est l’activité principale de THANRY pose problème entre société et populations locales, l’on s’interroge sur les autres aspects sociaux pour lesquels les sociétés de ce genre sont le plus souvent sollicitées, à savoir la construction des centres de santé, des maisons de jeunes, des écoles…

Evidemment, les nombreuses attentes de la population de la Commune de Dédé-Mokouba, telles que énumérées par le Chef de groupe Edmond Modeste Beliki, relèvent bien entre autres, des difficultés concernant les écoles. « L’appui de la société à la population n’est pas suffisant, car ma population est assez importante. Les habitants de la commune de Dédé Mokouba manquent de beaucoup de choses. Les besoins exprimés varient de l’emploi des populations locales au sein de la société, la prise en charge du Centre de santé, de l’école, des maisons de jeune, de l’eau potable, etc. », a déclaré l’autorité locale.

Guillaume Mayemawa, Chef de parc à Thanri-Centrafrique enfonce le clou du côté du personnel de THANRY qui, selon lui, peine à trouver de solutions immédiates à ses revendications en cas d’une situation même urgente. « On a toujours crié haut et fort sur la société THANRI-Centrafrique qui est l’un des quatre sociétés faisant partie du grand groupe Wic Wood. La première plaine est celle relative à la nécessité urgente de l’installation de la Direction générale de cette société en Centrafrique. Car, il n’y a pas une seule petite solution qui peut être trouvée sur le terrain, en ce qui concerne les revendications du personnel au niveau de Bangui. A chaque fois on nous dit : ‘’il faut attendre la décision du Cameroun’’, et nous en avons marre », a-t-il martelé.

Cette affirmation corrobore, en partie, le témoignage de Jefferson Alasona, commerçant à Bamba, surtout en ce qui concerne le traitement du personnel qui a révélé qu’« il y a des choses bizarres qu’on observe au sein de cette société. Et pourtant, c’est le bois de notre pays qui est en train d’être exploité, mais nous voyons seulement les étrangers qui en profitent plus que les employés nationaux. En tant que commerçant, je vois beaucoup de mes compatriotes qui travaillent à THANRY de 4 heures à 18 heures, mais qui viennent ici s’endetter auprès de moi. Cela donne l’image du traitement salarié qu’ils reçoivent là-bas ».

Guillaume Mayemawa a ajouté que la distance entre la Direction générale de THANRY basée au Cameroun et la zone d’exploitation crée un certain flou autour de la gestion de la société, notamment une faiblesse de contrôle des termes d’exploitation et le respect du cahier de charge. Car, dit-il : « sur le plan de l’exploitation, cette société est libre de voler notre pays. Je le dis parce que le chiffre d’affaires n’est pas bien contrôlé par l’Etat centrafricain qui ne bénéfice, à ce jour, que des frais douaniers ».

Il ne s’agit là que du bout de l’iceberg, car les plaintes de la population locale vis-à-vis de la société THANRY-Centrafrique sont nombreuses et multiples. Et pourtant, des dispositions sont prises par la société, en ce qui concerne les cas sociaux.

Des réalisations sociales toujours incomprises…

« C’est depuis 1997 que la société THANRY est implantée ici, d’abord sous le nom de Perem-Teco. La bonne collaboration entre la société et nous, autorités de Bamba, se manifeste par l’appui dans le cas d’évacuation des malades graves vers des centres de santé de référence, notamment à Berberati ou à Gamboula », a reconnu le Chef de groupe Edmond Modeste Beliki. « De temps en temps, ils (la société) viennent réhabiliter la route ici. Cela nous profite énormément en facilitant nos déplacements » a ajouté Timothée Benémala, un habitant du village Gnatti, situé à mi-chemin entre la ville de Nola et le site de THANRY.

L’existence des écoles entièrement construites en bois, des centres de santé, la réhabilitation des routes, ainsi que l’assistance sociale sont entre autres, les réalisations faites par la société, même s’il s’est posé un problème de suivi et d’entretien de ces ouvrages.

En jetant l’anathème sur les autorités locales, Bruce Ogguidé habitant du village Yamando a, lui-aussi reconnu que la société est en règle avec l’Etat, seulement les autorités locales n’ont pas réalisé avec la part de taxes versée au niveau de la mairie. « A la commune, nous savons que la société paie ses taxes d’abattage. Sur ce point, je peux dire que la société THANRY est en règle. Seulement, depuis 1997 que je suis-là, je n’ai pas constaté une réalisation de la mairie avec ces taxes au profit de la population locale. Les écoles et les Centres de santé sont plutôt construits directement par la société qui prend même en charge le personnel enseignant et soignant. De même, pour les routes, c’est la société qui réhabilite de temps en temps », a-t-il noté.

Loin de se défendre, Maxime Nouidémona, Responsable administratif et du personnel à THANRY-Centrafrique a noté la population locale occupe une place de choix au cœur de l’action de la société. « Plusieurs choses nous lient avec la population autochtone de Bamba. Nous prenons en charge, les questions d’éducation, de santé et aussi nous assistons les personnes démunies ou tout simplement des personnes en situation difficile », a-t-il noté. Il s’est même réjoui qu’au-delà des plaintes, les populations locales ont reconnu quelques réalisations faites par la société, telles que la construction des écoles et des centres de santé, l’assistance portées aux personnes vulnérables dont les évacuations sanitaires, ainsi que la réhabilitation des routes.

« Personne ne peut nous défier, puisque personnellement, j’assure une responsabilité visant cet aspect social. Au niveau du village Bamba par exemple qui abrite notre site dans la Sangha-Mbaéré, nous avons créé l’école et nous l’avons dotée de tout y compris les tables-bancs et des forages pour donne l’eau potable à la population », a fait savoir François Toutome, Responsable de la Cellule d’aménagement qui regrette que « malheureusement, il s’est développé un vandalisme chronique perpétré par la population locale elle-même. Les gens sont allés eux-mêmes emporter tous les table-bancs et aujourd’hui ils se plaignent encore. Toutefois, nous sommes en train d’étudier comment trouver une solution rapide ».

En ce qui concerne la plainte relative l’installation de la Direction générale de Vicwood en terre centrafricaine, Maxime Nouidémona a balayé d’un revers de la main pour parler d’un faux débat. « Je crois que ces dires ne sont pas fondés, dès lors que nous avons une Direction de Vicwood à Bangui qui se trouve en face du Ministère de l’Agriculture et du développement rural. Cette direction s’occupe de tout. Sur place sur le site, je suis le Responsable administratif et du personnel et le chef de Site est également là pour traiter et régler les préoccupations qui s’imposent ».

Notons au passage que les événements militaro-politiques que le pays a connus ont eu un effet négatif sur les activités de THANRY-Centrafrique. Des pertes en tout genre ont été enregistrées. Dieu merci, à ce jour, les activités ont repris mais « la société n’a pas repris à 100% », comme l’a reconnu Maxime Nouidémona.

Au-delà des insuffisances d’interventions sociales de la société THANRY-Centrafrique, l’essentiel des plaintes de la population locale s’explique par la quasi-absence de l’Etat, et la population estime que tout doit être fait par les sociétés forestière. Et pourtant, ce sont des entreprises privées.

Fred-Bruno Krock

abangui

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